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La structure éducative d’avant-guerre et la signification culturelle autour du récit héroïque canin Inu no Tegara (« L’exploit du chien »)

1. Introduction — Le chien dans le manuel


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Les lecteurs de langue japonaise de l’école primaire d’avant-guerre foisonnaient de textes consacrés aux chiens. L’un des plus emblématiques fut Inu no Tegara, adopté en 1934 (Shōwa 9). Fondé sur l’histoire véridique des chiens militaires « Nachi » et « Kongō » tombés lors de l’Incident de Mandchourie, ce texte visait à diffuser auprès des élèves les vertus de loyauté, de service et de dévouement à la patrie.Pourquoi le chien a-t-il été autant mobilisé par l’école ? Cet article en examine les ressorts croisés — histoire de l’éducation, histoire militaire et histoire culturelle.


2. La scolarisation de Inu no Tegara


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2.1 Source et remaniements


Le prototype provient d’une lettre du capitaine Itakura, engagé dans l’Incident de Mandchourie, relatant les exploits de chiens militaires. D’abord soumise comme rédaction primée, l’histoire fut remaniée en vue d’un effet pédagogique et intégrée au manuel national de langue.


2.2 Intentions lisibles dans les guides du maître


Les guides pédagogiques prescrivaient des méthodes concrètes :


  • But principal : faire comprendre la loyauté et le service public.

  • Lecture à voix haute : alterner l’accent sur la « bravoure » et la « tristesse » pour façonner l’arc émotionnel.

  • Compléments : expliquer les rôles canins (estafette, garde, recherche) pour que les élèves saisissent la « contribution à l’effort de guerre ».


Le dispositif combinait ainsi empathie et savoirs complémentaires.


3. Du fait militaire à la “belle histoire”


3.1 La lettre du capitaine Itakura et la mort des chiens


Nachi et Kongō sont bien morts au combat. La lettre d’Itakura fut publiée par la presse comme anecdote de remontée du moral.


3.2 Édification et embellissement


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À l’école, le récit fut dramatisé en « mort vaillante d’un couple frère-sœur », devenant plus efficace pédagogiquement. La chienne « Mary » fut écartée ; l’histoire se fixa en une « légende des deux chiens » plus simple et plus accessible.


3.3 Monuments et participation locale


À Zushi, une « stèle du chien fidèle » fut érigée grâce aux dons des écoliers. Les supports canins ont ainsi servi de catalyseur reliant l’éducation aux mobilisations patriotiques locales.


4. Réception et effets en situation scolaire


4.1 Activités des élèves


  • Rédactions : afflux de textes louant la fidélité canine.

  • Récitation : dire à haute voix la mort des chiens intensifiait l’identification.

  • Dessin : représenter chiens et soldats renforçait visuellement la loyauté.


4.2 L’« émotion » comme ressource pédagogique


Les éducateurs estimaient ces récits « qui tirent les larmes » : en émouvant les enfants, on visait une intériorisation plus forte de la loyauté envers l’État.


5. Supports canins et idéologie militaire


5.1 « Chien fidèle = vassal loyal »


La fidélité du chien glissa de la loyauté au maître ou à la famille vers la loyauté à la nation et à l’Empereur. Un modèle familier aux enfants fut converti en symbole de vertus militaristes.


5.2 Juxtaposition du sacrifice animal et humain


La mort des chiens fut mise en parallèle avec l’ultime sacrifice des soldats. Le support canin suggérait implicitement que « l’homme doit, lui aussi, être loyal comme le chien », contribuant à la pédagogie de guerre.


6. Arrière-plan historico-culturel — Entrecroisements du chien et de la société


6.1 Lien avec le mouvement de préservation du chien japonais


Dans les années 1930, la Nihon Ken Hozonkai érigea l’Akita et le Shiba en « chiens nationaux ». Les supports sur les chiens militaires ont résonné avec cette symbolisation, fusionnant « esprit ethnique » et « loyauté ».


6.2 Le chien dans la culture urbaine


Parallèlement, la vogue d’Hachikō élargit la culture du chien de compagnie. La coexistence, en classe, de « Hachikō le compagnon fidèle » et de « Nachi/Kongō les chiens de guerre » montre la double position culturelle du chien — symbole de paix et symbole du militarisme.


7. Comparaisons internationales


7.1 Allemagne


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Sous le régime nazi, le berger allemand fut promu comme chien militaire et figura dans des livres pour enfants et des films. « Chien = loyauté » y fonctionnait comme motif idéologique partagé.


7.2 États-Unis et Royaume-Uni


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« Lassie » et le Saint-Bernard furent mobilisés comme symboles du foyer et du secours, avec une coloration militaire bien moindre — nette divergence avec le Japon.


8. Rupture et continuités avec l’après-guerre


Après 1945, l’instruction morale fut abolie et les supports sur les chiens militaires dénoncés comme « reliquats du militarisme ». Pourtant, le chien demeura dans les manuels, réorienté vers l’« amitié », la « responsabilité » et la « coexistence ». Le chien loyal du soldat devint le « chien-ami », maintenant une continuité culturelle entre avant et après-guerre.


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9. Pistes de recherche


  • Analyses chronologiques des supports canins dans les manuels.

  • Clarification des liens avec l’Association impériale des chiens militaires et la Société de préservation du chien japonais.

  • Exploitation des sources (rédactions et journaux d’élèves) sur la réception.

  • Comparaisons internationales pour dégager l’universel et le spécifique.


10. Conclusion


Inu no Tegara n’est pas une simple “belle histoire” de chiens militaires. En s’appuyant sur la figure familière du chien, il a servi de vecteur d’inculcation de la loyauté et du sacrifice auprès des enfants. Parallèlement, il s’est articulé au mouvement de préservation des chiens japonais et aux mobilisations locales, lui conférant un poids culturel notable.

L’étude des supports canins constitue un pont neuf entre histoire de l’éducation et histoire culturelle animale, indispensable à une compréhension d’ensemble de la société japonaise d’avant-guerre.

 
 
 

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